28.10.2009

JOUR 605

Les autres aussi se sont petit à petit habitués à m'entendre dire plus souvent "nous" que "je", même si je vois clair dans leur retenue, une surprise, un dégoût, peu d'illusions.

Ainsi, NOUS avons arrêté de fumer depuis plus de 2 semaines. Nous partons à l'étranger en week-end. Nous nous disputons souvent lorsque j'ai bu. Chez G, pour un apéritif un poil trop mondain, je lis dans leurs regards, un soupçon d'ironie.

Je m'en fous presque lorsque je traverse la ville pour diner tard. Je me sens bien ici et dans cette certitude absolument égoïste que si l'un de nous deux doit quitter l'autre, ce sera forcément moi.

 

 

21.10.2009

JOUR 604

Le temps passe et tout le monde s'exclame l'insupportable "t'as changé toi" avec, vous savez, ce rire gras et énervant.

J'ai effectivement changé, et lorsque je vous retrouve, moites et toujours aussi ivres, quand il faut faire semblant de vous considérer et d'avoir quelquechose à secouer de vos avis et de vos occupations branchées et répétitives, c'est la nausée qui me vient. La même qu'avant.

Le problème c'est que je n'ai plus envie de me mélanger, je n'ai plus envie de faire l'effort. Parfois je suis ivre, beaucoup plus vite qu'avant cela va de soi...et la trop facile tentation du rail de coke...enfin, vous savez bien.

Lorsqu'il m'arrive de revenir, par obligation, je réalise à quel point vous ne m'avez pas manqué. Je n'ai jamais été qu'un fantôme de plus. Je me suis épuisée dans les nuits et j'ai déjà presque tout oublié.

Au final, je suis comme vous tous. J'ai déplacé mes nevroses ailleurs. Je dépense toujours autant d'argent et il faut bien que la vie passe. Alors le travail, la surconsommation et l'hyperactivité font le reste. Je fais des projets qui coûtent tous plus cher les uns que les autres. Je fais des "projets d'avenir".

Je ne fume plus depuis bientôt deux semaines.

 

15.10.2009

JOUR 603

Grippée, c'est donc une nouveauté que cette immobilité solitaire, le calme. Des longs bains et même si la fièvre est intense et la sensation désagréable, je dois vous l'avouer, j'ai plutôt apprécié.

Je retrouve malgré tout mon bureau et mon hyperactivité maladive plus vite que prévu. J'apprends à vivre en étant un peu plus sereine. La belle affaire.

J'aimerais avoir une semaine entière pour moi. Une vraie semaine de solitude cette fois.

Pleine et indiscutable. 

25.09.2009

JOUR 602

La fatigue me submerge pour faire place rapidement à cette tristesse intense et accablante.

Je me traîne dans un emploi du temps tout à fait ingérable. J'arrive presque à accepter le fait de ne pas être assez forte, de ne pas pouvoir tout gérer, de ne pas pouvoir répondre à tous les mails et gérer tous les dossiers en cours. Je l'ai bien cherché, après tout.

Mon quotidien ne manque de rien. J'ai à peu près tout ce que je veux de la dernière fringue de luxe au mec aimant sans condition. Je manque juste d'air. De temps. L'impression de passer à côté de ma vie parfois. Mon hyperactivité et ses limites.

Alors je paye peut être le prix fort. Le surmenage comme ils disent.

A est l'homme le plus heureux du monde et j'ai aussi changé, c'est vrai, un peu pour lui. Ma vie sans père y est probablement pour quelquechose et je vous laisserai m'expliquer autour d'un verre vos théories sur l'Oedipe et tout ce qui s'en suit. En attendant je ferai semblant de ne rien entendre comme je l'ai si souvent fait.

 

24.09.2009

JOUR 601

A 16h30 c'était plié.

Quelquepart dans le fin fond du Limousin, dans un coin dont la plupart de l'univers ignore l'existence, ils ont refermé le caveau froidement après un délicieux "bon alors, on le met de quel côté? parcequ'il reste 3 places là".

C'était mon premier enterrement en fait. On pratique volontiers l'incinération par chez moi. Pour mon père, mon grand-père maternel, les flammes étaient là. Quelquechose de violent et inaudible. Quelquechose de définitif et immédiat.

Et puis vers 16h, le brouillard épais qui ne nous avait pas quitté depuis le départ de l'hopital, la chapelle et tout le reste, s'est d'un seul coup engorgé d'une lumière blanche et puissante. C'était magnifique, je vous le dis. Le brouillard s'est fait éblouissant, j'ai dû remettre mes lunettes de soleil pour reprendre la route. Conduire. Longtemps.

Finalement la mort n'a de triste que notre propre projection. L'inadmissible face à face. Nous avons pleuré en coeur là où nous détestons la plupart du temps. Pour la simple et bonne raison que nous avons tous peur.

 

Il me manquera beaucoup.

 

01.09.2009

JOUR 600

Le week-end a été dûr. Je n'ai pas rappelé tout le monde.

Mon face à face avec la mort, une véritable douleur. Dans le TGV de 17h30 j'ai pleuré face à un beau garçon de 25 ans. Son regard, ses tentatives de conversation merdiques.

Je suis rentrée presque soulagée. Je suis rentrée chez mon mec de 37 ans. Dans "notre" appartement parisien, j'ai versé les dernières larmes. Ma routine m'est alors apparue agréable. Et je suis finalement capable de m'en contenter.

Le voir mourrir a transformé la tristesse en suite insupportable de flashbacks. J'ai tout revêcu à 150 km/h, tout, même ce que j'avais oublié. Alors j'ai prolongé les nuits. Comme avant. Un week-end pour tout foutre en l'air. Tout tenter pour réveiller ce qui existait avant en moi...mais rien ne s'est passé. J'ai même été dégoutée de moi-même. De mes égoïsmes, de tout ce que j'ai pu faire et penser.

Les sauts dans le passé ne fonctionnent plus.

Il va falloir apprendre à vivre au présent.

27.08.2009

JOUR 599

Le ciel gris a repris le dessus. A me fatigue parfois, mais c'est comme une douce fatalité maintenant. Je ne m'inflige rien de bien douloureux.

Mon emploi du temps est à nouveau indécent, mes dépenses également. Je cours entre deux rdv, je cours à la pause dejeuner et saute des repas pour avoir le temps de dépenser, encore et encore, combler tous les manques par une belle paire de bottes ou un oenième trench. Tout sonne transition mais tout dure. Je n'aurai peut-être jamais le courage de tout lâcher.

Ce blog aura 3 ans dans quelques jours. Je n'ai plus le même entrain à l'écriture...plus vraiment la force pour la plume sarcastique et le ton blasé.

Je suis devenue banale, et je l'ai finalement, toujours été.

J'aurai 25 ans dans quelques mois. Il restera encore un peu de temps pour tout changer.

24.08.2009

JOUR 598

Je me lève à 7h30, avale un Super-Muesli Naturalia, un thé noir, je fais 20 minutes de Yoga par paresse d'aller à la salle de fitness.

Mon blackberry affiche 21 mails à 8h45.

Mon grand-père mourrant, c'est un petit monde qui s'écroule à nouveau, et les lamentables retours sur la question paternelle, une seconde fois. Le fils puis le père. Le meilleur service de cardiologie et les soins intensifs. Je retiens mes larmes à 10h05.

 

17.08.2009

JOUR 597

4 semaines de vacances entre Palaces et "Romantic Seaview Bungalows".

La vie à deux ressemble peut-être à une plaisanterie mais j'ai fini par m'y faire. Je pourrais témoigner dans Biba entre Sophie - Attachée de Presse - 26 ans Paris, et Manon - Redactrice Mode - 32 ans - Paris, à la page "Laquelle de ses manies vous énerve le plus?" ou "Ses pires habitudes en vacances".

Nous déménageons dans un appartement plus grand dans quelques semaines, avant que je ne trouve le parfait bien à acheter. Le Canal St-Martin, et pourquoi pas une poussette Mc Laren tant qu'on y est. Un quotidien fait d'innombrables clichés, une nouvelle salle de sport ou plutôt "club exclusive", et il faudra aussi racheter un scooter.

Mes sursauts sont effrayants et je ne m'y attarderai donc pas.

08.07.2009

JOUR 596

J'ai peur de ce genre de journée. L'amertume intense, l'envie d'auto-destruction déroutante. Je suis capable de tout et surtout du pire.

La course finale, les journées de shootings qui se suivent, les tournages, et une tentation ultime de tout envoyer balader. Etre celle que je suis peut-être encore, une belle salope, seule.

Le doute est mon refuge alors.

Mais rien de ce dans quoi je pourrais m'engouffrer n'est suffisant. Ils m'ennuient tous. Il n'y aura de toute façon jamais assez de coke et d'exagération, il n'y aura jamais assez de dégénérescence pour que je ne sois rassasiée.

Finalement je pars dans deux jours. Comme une gentille fille sage, aux bras de mon mec de 13 ans de plus, avec mes mille shorts ultra-courts et mon insolence.

Le plus inquiétant reste cette envie de souffrance à nouveau. Cette attirance irrémédiable pour la chute, le vide. Je me remets à la vouloir, ma solitude entourée, mes nuits outrancières et mon irréductible attrait pour ce qui finit par faire mal. Au fond. Tout au fond. Je ne peux qu'être seule pour cette vie là. Pour me vautrer douloureusement dans la débauche et les excès. Pour apprécier à nouveau l'immense douleur d'un dimanche de redescente, nue dans la baignoire.

Ma solitude me manque.