01.07.2009

JOUR 595

C'est l'approche du départ, le corps musclé et bronzé, les we ailleurs, les mariages des uns et des autres. A est en déplacement cette semaine et à la surprise générale, je ne sors presque pas. Je ne fais qu'épuiser mes dernières ressources à l'ouvrage, et m'abrutir devant quelques films le soir. L'appartement vide et le lit frais.

Parler d'un "nous" m'est encore difficile, et trop souvent c'est vrai, je m'invente quelques adultaires, quelques voyages seule. Comme avant. Comme j'ai toujours aimé. Le jour du départ approchant, je me surprends à imaginer que tout cela n'existe pas. Que c'est bel et bien seule que je m'en vais, au bout du monde.

Il faut assumer ma paresse pourtant. Assumer ce que j'ai installé depuis 6 mois. La vraie vie d'adulte et toutes mes balivernes.

17.06.2009

JOUR 594

Cela sonne un peu plus juste qu'avant. Je n'ai plus peur de mourrir ou alors beaucoup moins.

Je m'endors en culotte le soir, dans les bras de A. Je ne bois presque plus, et la coke ne revient sur le devant de la scène que quand je dérape excessivement. Rarement, donc. En réalité je me nourris exclusivement de projets d'achats immobiliers, d'achats de cosmetiques, de projets de vacances ou de nouvelles chaussures.

Je fais partie de quelques réseaux privilégiés et je profite d'un niveau de vie agréable. Je ne peux pas passer à côté du traditionnel mépris pour ceux qui étaient avant les miens, et leurs sempiternels tags facebooks, blagues vaseuses, mais qui donc a baisé avec X la semaine dernière? Alors je ne m'en cache que très peu. J'avoue à voix basse que tout cela ne m'amuse plus.

Je crache aux autres mon équilibre et ma fierté minable.

Si fière d'avoir sombré dans l'âge adulte.

10.06.2009

JOUR 593

J'ai délaissé ici mais aussi ailleurs. J'ai oublié un tas d'inepties et un tas de gens. J'habite chez A depuis plusieurs mois, j'ai le cul le plus ferme du quartier.

Le mois de juin est tout simplement irrespirable. Mes journées sont trop courtes et je termine souvent mes rdv vers 23h.

A a appris à tout accepter tant que je lui donne ce qu'il attend, un espoir de jeunesse retrouvée, une jolie brune de 24 ans. La pilule passe aisément. Nous fêterons ses 37 ans le we prochain.

J'ai écumé les soldes presse, acheté 2 maillots Eres. J'ai investi dans un nouveau numerique, un flip vidéo, et même offert à A un costume horriblement cher. Voilà comment je réussis à vivre: consommer, avoir une jolie peau et un joli cul. Être encore convaincue de mon pouvoir de séduction, juste assez pour ne pas avoir plus envie que ça d'accepter avances et invitations à diner.

Mon statut de chef d'entreprise ma va bien au teint.

12.05.2009

JOUR 592

Même si c'est vrai, tout va plutôt bien, il existe toujours ces moments là. Lorsque je suis complètement envahie par mes angoisses stupides, mes peurs paniques de mort subite, ma terreur de ne pas réussir. Je me recroqueville sur moi-même sans en avoir le temps, le seul échappatoire possible, s'imaginer un instant tout quitter, se foutre de tout et du reste. Un rêve court et ridicule.

Une douleur au dos, une difficulté respiratoire, et c'est tout mon corps qui se voit déjà disparaitre, en quelques secondes, pour pas grand chose. Je paye mes impots, je consomme comme une névrosée, j'incurgite tout ce que je peux de cet insupportable monde.

A est en train de passer au stade des réels projets à deux, et je m'enfonce un peu plus dans le confort et la satisfaction facile. C'est indéniable: cette relation me convient. Adorer être idolatrée, et ne pas s'en cacher.

Préférer pour l'instant, le silence au bruit infame.

05.05.2009

JOUR 591

Mes nerfs sont mis à l'épreuve tout au long de la journée. Je ne respire qu'une fois chez A, qui est un peu devenu chez moi.

Je craque parfois, quelques larmes seulement. Le reste du temps il en est bien sûr hors de question. Je continue de me lever toujours plus tôt pour faire toujours plus de sport, avoir le temps de faire une séance d'UV ou m'acheter une paire de chaussures splendides.

Je mange de moins en moins, et je suis presque devenue végétarienne.

 

Une belle vie de conne.

 

Tout cela était bien plus amusant quand je vous racontais mes soirées coke ou champagne, mes conquêtes régulières et mes redescentes tragiques.

27.04.2009

JOUR 590

Un décès de plus dans une famille meurtrie, déchirée, une famille à laquelle je n'ai jamais pensé appartenir vraiment. Je suis mal à l'aise avec la douleur des autres. Et me l'approprier, ça, encore moins.

Reste ma mère, 49 kilos de beauté aussi pure que fragile. Le seul véritable sentiment d'ampathie sincère que je puisse éprouver. Un amour si fort qu'il me torture d'années en années. La voir vieillir m'est insupportable. L'envie de la protéger depuis le début, comme si j'avais toujours "mieux su".

Je déjeune à Odeon avec un mec connu. A dire vrai mes envies de séduire sont toujours plus excitantes que le passage à l'acte. L'adultère comme frontière ultime de ce que je veux bien appeler l'honnêteté. Je prends donc les compliments, les regards, je me goinfre de tout cela mais je ne baise qu'avec A, dans un bonheur passif et béat.

Il y aura toujours ce dégueuli social à incurgiter, de toute façon.

 

 

23.04.2009

JOUR 589

Je croule sous ce mois d'avril sans respirer, je croule sous l'administratif, les batailles juridiques et mes addictions transposées.

Tout se ressemble et ces foutues vacances posées, du 11 juillet au 10 août. J'enchaîne les heures de sport dès 8h du matin, j'enlève le haut, le bas et tout ce qui vous plaira.

Ma collègue des RH, fière de ses 4 kilos perdus, me rabat les oreilles de ses conquêtes dégueulasses, de ses sorties en voiture à Paris le we, de ses projets de vacances en Grèce dans ce club "all inclusive". Rentrer à peine dans un 40 et s'en satisfaire. La belle affaire.

Je suis toujours plus exigeante avec moi-même avec régulièrement, cette terreur de ne pas être à la hauteur, de ne pas y arriver, de finir par tomber.

16.04.2009

JOUR 588

Vers 7h du matin, A est en pleurs dans la chambre à coucher. Je fais chauffer de l'eau pour mon thé vert et passe de l'eau de bleuet sur mes yeux. Sa faiblesse m'ennuie. Je suis presque gênée de cette situation, et lui qui souffre, j'aurais préféré que cela se passe dans le silence. Et dormir au moins une heure de plus.

Avant ça il y a eu un we de Pâques heureux et quelques sourires d'enfants, une après-midi de quad dans la propriété de mon oncle. Quelques très bonnes bouteilles, le physique fragile de ma mère, son regard naïf et ses mains fines.

Les premières vraies fissures apparaissent. Je fais de drôles de rêves avec d'autres hommes, du sexe plus impulsif et des robes courtes.

Je suis épuisée.

09.04.2009

JOUR 587

Vous savez, ce n'est pas si simple. Accepter ce truc qui ressemble au bonheur, accepter de grandir.

Et puis la relation, les amies enceintes, et un tas de choses qui voudraient voir arriver la fameuse projection. Cette projection dans toutes ces vies. Celle projection que je n'arrive pas à effleurer.

A restera toute la vie si je le lui demande.

Je déjeune en terrasse avec mon PDG, 2 bouteilles de Badoit, 3 cigarettes, une salade thaï et quelques stupides échanges de regards avec un serveur bronzé. Je me suis levée à 7h ce matin, j'ai fait 1h30 de sport avant d'arriver au bureau, en avance. Je ne suis pas obsessionnelle pour rien. Le sport, mon cul, les cosmétiques, et mon alimentation deviennent presqu'aussi dangereux que l'ont été la drogue et les excés.

 

Tout sauf l'ennui, alors.

 

06.04.2009

JOUR 586

Ces belles journées sont trop courtes, et je suis obsédée par mon physique, la crème Chanel est trop chère et les soins deviennent trop réguliers. Je réserve des billets d'avion.

Au bureau je suis indispensable trop souvent, autoritaire parfois, toujours aussi jeune.

Le temps passe pourtant, une sagesse infecte et envahissante. Je me fais gerber pour le fun. C'est peut-être ça de grandir, être un peu plus mesurée, mettre de l'eau dans son vin et toutes ces conneries.

Alors ça va, oui, je dine en terrasse près du canal, je m'achète une tonne de trucs inutiles pour continuer à sentir cette fièvre de ce qui n'est plus vraiment....l'agitation sans nom.