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30.08.2007

JOUR 243

Retiens la nuit. Si immonde soit-il, le vieux n'était pas si loin de la vérité. Notre seul et unique volonté: retenir, retenir, jusqu'à épuisement ces nuits trop courtes. La drogue n'a peut-être gardé que cette fonction première. Tenir plus longtemps, rester ensemble, ne pas etre seul, ne pas éteindre la lumière, et surtout fermer les volets pour ne pas voir le jour se lever, et la vérité de ce monde qui fait mal aux yeux.

Mr President me contacte vers 15h. Il ne s'est pas encore couché. Il voudrait de la compagnie, la mienne si possible.

Je préfère terminer ma journée de bureau et programmer mon diner. Dehors.

Il trouvera bien une autre connasse connectée sur msn ou myspace, pour venir le réconforter dans ses malheurs de pauvre petit garçon riche.

 

29.08.2007

JOUR 242

Mr President semble vouloir tenter je ne sais quoi, du mail au msn, des sms à l'appel vers 18h. Les journées de bureau s'enchainent dans un ennui stable, presque serein. Mes déjeuners sont donc primordiaux, et de plus en plus longs. Le planning nocturne lui, se charge à nouveau en soirées toutes semblables....Ils sont de retour. Toujours les mêmes. Toujours dans les mêmes conditions, ou presque.

Je reste malgré tout relativement déconnectée, absente.

Sous mes pieds l'enfer encore une fois, mais j'y suis presque habituée. Mes excès sont aussi prévisibles que fades. Comme toujours, la perte de saveur s'impose cruellement, et moi observant, passive presque, renonçant un peu plus chaque jour à ce que je n'identifierai peut être jamais vraiment.

Un été qui s'achève.

Une année.

Un peu moins d'illusions encore, et toujours les sourcils froncés. 

 

 

27.08.2007

JOUR 241

On reprend le rythme plus facilement avec le soleil, mais aussi beaucoup d'alcool. Dimanche soir qui débute sordide, pour finir joyeux, mais rien de tout cela n'est naturel. Les stimuli sont de plus en plus difficiles à inventer, c'est un fait.

Ce curieux rapprochement avec S tourne de plus en plus au mauvais goût. Il est même devenu quasi normal de dormir dans ses bras, de l'embrasser lorsque j'ai trop bu, sans jamais dépasser ce stade. Jouer avec ses sentiments sans le vouloir maintenant, et m'enfoncer une fois de plus dans une unilatéralité déconcertante. L'affection que j'ai pour lui est pourtant bien réelle. Personne ne peut me procurer ce sentiment protecteur sans m'écoeurer et me faire fuire illico. Lui oui. Naturellement.

Hier soir encore, je m'endors dans ses bras. Au réveil il me carresse la joue, avec ce calme incroyable qui lui est propre. Cet homme ne connait pas la colère, c'est impossible.

Monsieur "suite présidentielle du Majestic" fait son apparition dans la soirée, accompagné. Il a l'audace de fausser compagnie un instant à bobonne, pour venir me glisser quelques mots. L'échange est consternant, ponctué de clins d'oeil et autres sourires en coin. Une mascarade. Mr President donc, ne comprend pas pourquoi je ne l'ai pas rappelé, tient à me préciser qu'il veut quitter bobonne, m'offre une coupe de champagne, et fera exprès peut être 5 fois après ceci, dans la soirée, de me froler en passant près de moi.

Le souvenir purement sexuel de notre étreinte me suffit amplement. Il serait capable de tout gacher maintenant.....

25.08.2007

JOUR 240

Je suis née pour dépenser. Rien ne me fait plus jouir que cela. Une après-midi en forme de carte banquaire. Le plaisir que me procure l'achat de 2 paires de chaussures splendides, d'une robe, de deux blouses, d'une veste et de quantités de cosmétiques n'est comparable à rien d'autre. La frénésie du moment de l'achat est bien évidemment bien plus intense, que le sentiment de satisfaction d'après, le déballage, l'essayage....tout cela ne compte presque plus.

C'est ce moment où j'insère la carte bleue, où je souris à la vendeuse, où les clients derrière moi louchent sur l'amas de vêtements ou autres, que je vais acquérir, là, cet infime moment, c'est bien celui ci qui compte. Le plaisir douloureux de la pulsion, comme tout autant de comportements addictifs que je me permets. Le moment de sniffer la ligne blanche, celui du verre de trop, celui de la dernière danse.

La cerise sur le gateau. Voilà ce qu'il me faut. Le petit plus, le petit trop, celui qui fait que je ne m'ennuie pas, que je ne vis pas comme 90% des êtres humains, enfermée dans un tas de grotesques complexes contemporains.

Je change mes draps, et balaye ainsi le passage du jeune hollandais à Paris. Il ne restera qu'un vague souvenir touristique, une trace sur un drap, une vague odeur masculine.

24.08.2007

JOUR 239

Mélange d'ennui absolu et d'excitation. Je comble mon impossible frustration, en m'inventant de nouvelles histoires, toujours plus incroyables, mégalos même, éxagérées. Etant absolument incapable d'envisager les choses avec calme et recul, mes prises de décisions sont aussi rapides que défitives, ou l'art de se persuader que ce qui nous faut, est ailleurs. Nul n'aura manqué de remarquer qu'ailleurs, c'est sans doute pire. Mais peu importe. Le simple acte d'envisager, prévoire et programmer suffit à rendre le projet existant. La finalité ne comptant que pour très peu dans cette histoire.

Oui, il est bien là le seul et unique intérêt de cette entreprise: faire briller un tout petit peu mes deux yeux verts. S'ouvrir au monde un peu moins triste, redécouvrir l'inconscience des projets fous et du noeud au ventre. Pour ne pas crever. Pour ne pas mourrir devant mon reflet, petit à petit, perdant prise désormais, même sur mon propre terrain.

Finalement, c'est dans l'action que je trouve l'unique exaltation, pauvre petite conne incapable de goûter à quelconque instant de finalité, à quelconque pause. Non, faire un dessin est bien plus savoureux que de le regarder fini. Je passe au suivant.

Le jeune hollandais rencontré en vacances n'a pas attendu longtemps pour se faire savoir de passage à Paris. Il a la délicatesse de l'amour adolescent, les baisers purs et les mots maladroits. Mon âge, mais définitivement rien de sombre. Vers 00h30, c'est moi qui le baise plutôt que l'inverse. Ses mains me serrent très fort et ses yeux brillent. Il est trempé, moi plus sèche qu'un poulet KFC. Une fois de plus le seul intérêt ici étant l'échange culturel, la distraction de parler anglais encore, et son corps absolument parfait. Sur lui j'enchaine les mécanismes sexuels faciles et efficaces, j'ai même tendance à aimer ça; mais je le ferais aussi bien toute seule. Je simule légèrement vers 1h15, pour écourter la scène.

Londres en septembre. Pour sûr.

22.08.2007

JOUR 238

Dernière minute, VG m'invite à diner. Je n'étais partie, à la base, que pour lui rendre son double de clés. Tout ce qui suit, après la toute première impression de surprise, n'est que platitude, déception, ennui.

VG n'a pas perdu tout son charisme, non. Il lui reste ses deux grands yeux noirs et ses divines faussettes, sa carrure élégante et son style vestimentaire. Accordons lui également quelques baratins de journaliste "branché". Tout ce qui entourait tout cela ne me revient pourtant pas. Rien. L'aisance a disparu, ses mots sont insipides, sa respiration arythmique, ses gestes comme précipités. Son "ça me fait vraiment quelquechose de te revoir..." me dégoute passablement.

Le sentiment dans le taxi du retour est partagé entre nausée, et douce satisfaction d'avoir gagné. Gagné quoi, me direz vous?...Peu importe, finalement.

En réfléchissant un peu plus tard, allongée par terre, entre le lit et le mur, j'ai ce souffle chaud au coin de mon épaule. Une force incroyable me revient aussitôt à l'intérieur du ventre. J'ai comme grandi un peu. Mon instabilité me rendrait presque plus sage, et ainsi presque l'avènement d'une solitude de plus en plus bénéfique. Dans la salle de bain je me recoiffe pour de faux, souriant à mon propre reflet, entre immense tristesse et sérénité. Difficile d'expliquer cet état second, paradoxal en tout point.

J'oscille entre crise de larmes et fou rire, sans jamais finalement, que l'un des deux n'arrive vraiment. Cette semaine a définitivement changé de teinte, et moi aussi.

Le plus rassurant reste qu'aucun facteur extérieur ne soit mêlé à tout ça. Aucune fausse stimulation externe, aucun ressenti créé de toute pièce. C'est bien de moi dont il s'agit. Et uniquement. Sans même que cela ne m'effraie.

Je me suis un peu retrouvée, et ceci, presque sans douleur. Cela faisait longtemps.

JOUR 237

Je reprends le metro ce soir. Cela ne m'était plus trop arrivée ces derniers temps, dans mes petites habitudes de facilité, mais aujourd'hui même le taxi ne me satisfait pas. Il pleut à l'intérieur du metro, ou du moins, c'est bien l'impression que j'en ai. Les touristes sont encore bien là, souriant bêtement, parlant relativement fort, dans leurs fameux k-ways ponchos transparents. Je suis presque capable de repérer le hollandais de l'allemand ou du suédois, au premier coup d'oeil. Les parisiens sont tristes, beaucoup plus qu'au mois de juillet. Il y a une odeur de souffre insupportable et mon parapluie noir coule, lentement, dans l'allée.

Mon regard est las. Incroyablement flou. Je n'envisage que les formes, avant de stopper net sur ce jeune homme, hollandais sans aucun doute. Il porte un jean 501 impensable, de jolies sneakers, et un tee-shirt un peu sale. Il est seul, incroyablement chargé, mais beau. Même très beau.

Rhabillez-le donc en APC, et celui-ci peut faire un massacre dans n'importe quel diner mondain. Je m'amuse à examiner son corps, et surtout ses immenses et larges mains. Pendant un court instant, ses mains se posent sur moi et m'aggrippent avec force, autour de la taille...

Non non. Rien de tout cela.

J'ai pourtant un regard soudain tout à fait attendri, envieux, désespéré. Je m'imagine même troquer d'un coup mes robes courtes griffées et mes talons gigantesques contre un vieux jean, un tee-shirt large, de vieilles converses et un sac à dos. Je m'imagine partir. Seule. Sans rien dire à personne. Disparaitre de mon microcosme pour repartir à zero, ailleurs, loin, une autre moi. Sans mon foutu millieu, mes foutues nevroses, mes foutues relations et mon foutu carnet d'adresse.

Paris est sorti de mon oesophage lorsque j'ai mis les pieds dans mon ascenseur. Nous nous battons maintenant, violemment, pour savoir de qui de nous 2, s'en sortira le mieux.

JOUR 236

L'envie est là. Intense. Cet insupportable sentiment de frustration inexpliqué. Vouloir quelquechose si fort, mais être incapable de l'identifier. Sentiment classique. Verre de lait.

Il fait presque noir dans mon bureau ce matin, tant le ciel dehors s'est assombri. Je me noie alors dans une introspection hypocrite, comme pour excuser mon incapacité à être réellement concentrée sur mon planning du jour. Mes choix sont souvent dictés de la sorte, il est vrai. Fuire la pensée par l'action, l'action par la pensée...

Un ex vient me compter ses angoisses sur msn hier soir, vers 23h. Encore un trentenaire paumé, minablement réduit à se rabaisser de la sorte. Il me demande ce que je pense de lui. La belle apogée d'une relation qui n'a de toute façon, jamais dépassé le stade de l'unilatéralité. Dans mon ennui mortel, je me perds même à lui risquer une vision dégueulasse, courte et sobre. Il fait tout simplement partie de ces gens, qui se noient dans l'immédiateté du ressenti, dans le ridicule et ephémère mensonge que l'on s'administre lorsqu'on est encore assez con pour gâcher cette énergie.

L'immédiateté du mensonge préférée au réel sentiment. Car le réel sentiment humain n'est pas admissible, consensuel. Nous avons tous bien trop peur de ce que nous sommes en réalité.

Je stopperais bien mon analyse médiocrement formulée pour écourter sèchement: "tu as de toute façon un gamin à nourrir, me semble-t-il ....très peu de temps à perdre donc, dans ce genre de considérations nombrilistes".

Ce matin je suis centrée sur mon nouveau caprice. Centrée sur moi sans en baver. Profitons en un peu. Il me semble avoir complètement oublié une partie de ma vie. Il y a ici, au milieu de mes souvenirs, ce flou, ces 3 années complètement gommées, presque invisibles. De tout cela il ne me reste rien qu'une ombre de zombie au-dessus d'un lit; des fantômes, et moi immobile. Trois ans pour une brume, épaisse, et jamais la force de réellement m'y plonger, de peur de ne pas pouvoir y respirer du tout.

Avant cette brume, tout est clair. Parfois un peu trop. Je n'ai aucun souvenir d'enfance. Je n'ai d'ailleurs, jamais été une enfant.

 

 

21.08.2007

JOUR 235

L'enfer des autres deviendra très vite le mien. Lorsque je rejoins G pour diner verd 21h, le taxi m'est quasiment insupportable, presque autant que cette grisaille, ce vent trop frais et ces passants tristes. Rue de Charonne, les parisiens ont cette couleur de fin de bronzage salasse, ces récits qui s'entrechoquent de table en table complétant ensuite mon dégoût, à la troisième bouchée de thon mariné.

Je cherche une saveur un peu partout, jusqu'à la table de la chroniqueuse de mode un peu passée, pour finalement admettre que G suffira à mon ennui, tant son envie d'Amsterdam et de jeunes hollandaises est attendrissant. Je me noie donc dans ses paroles, dans son récit enflammé, toujours autour de ce loft sur pilotis à seulement 300000 euros, des galeries d'art et de la mdma à bon prix.

Quelquepart dans le 11ème arrondissement, lorsque je m'eclipse après une dernière Vodka-fraise-framboise, les idées et les sensations ne sont décidément pas clairs. Il y a comme un mélange entre mes rêves insensés des derniers jours, mon envie d'ailleurs et ma satisfaction d'un quotidien trop facile. La nuit je me bats, dans de drôles de guerres armées, pour me réveiller triste d'être là, sans envie réelle d'être ailleurs.

Le flou a gagné mon cerveau aussi rapidement qu'intensément.

G me conseille pourquoi pas de chercher une place intéressante à Amsterdam, persuadé que je peux y augmenter mon salaire d'au moins 35%. Il parle aussi brièvement de New York, de cette place que j'aurais pu y trouver, de cette hyperactivité que j'aurais pu y déverser sans fin. Il me traite de garce. Me rappelle mes promesses et mes bonnes résolutions, paye l'addition en Amex et prend soin de faire mine de se plaindre de sa nouvelle coupe de cheveux, pour que je l'en félicite enfin.

Finalement rien n'a changé après cette courte pause.

J'ai seulement retrouvé l'espace d'un instant, un semblant de libido et d'insouciance, sur cette terrasse de la suite présidentielle du Majestic. Et déjà presque envolée, je retourne à mes ridicules obsessions.

20.08.2007

JOUR 234

Les longues séances de bronzages, le monoï et les mojitos sont déjà loins. Mes mails se sont entassés par centaines, du personnel au professionnel, la frontière étant parfois extrêmement vague, admettons-le. J'évite les couloirs et les collègues, et tente de ne fréquenter la terrasse et la machine à café qu'un minimum. Les narrations de vacances me font bien trop horreur.

Je me contente donc de rester dans mon bureau. Je bois de l'eau. Je range, un peu. Je renoue avec mes habitudes et addictions, l'une après l'autre, sans véritable plaisir finalement. Mes petites nevroses sont simples et mécaniques. Grotesques.

Je n'ai même pas envie de prévenir de mon retour. Aucune envie de parcourir mon répertoire pour trouver mon diner de ce soir. Je pourrais peut être disparaitre. Je pourrais peut être partir sans rien dire. Maintenant.

Mais je suis bien trop lâche. Je suis bien trop ancrée dans mes facilités quotidiennes, ma situation privilégiée et mes nombreux avantages. Je suis bien trop dépendante de ce monde que je vomis la plupart du temps. Je suis accro à ce que je déteste. Spectatrice de mon pathétique fonctionnement. N'est-ce pas la définition même de l'addiction?

Aujourd'hui je ne suis pas triste. Je ne suis rien.  

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